Un an jour pour jour après la première session du Conseil supérieur d’orientation agro-sylvo-pastorale, le projet de Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale et halieutique attend toujours d’être examiné par l’Assemblée nationale. Enda Pronat, qui avait porté à cette occasion la voix des organisations non gouvernementales, appelle à en faire une priorité.
Le 23 octobre 2025, le Sénégal tenait, sous la présidence du Chef de l’État, la première session du Conseil supérieur d’orientation agro-sylvo-pastorale, dix-huit ans après son institutionnalisation par le décret n° 2007-1147 du 4 octobre 2007. Cette rencontre historique a permis de présenter le processus de révision de Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale conduit de manière inclusive et participative.
L’adoption urgente de la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale et halieutique (LOASPH) figurait parmi les conclusions prioritaires de cette session. Enda Pronat y siégeait. Elle y a porté la voix des organisations non gouvernementales et plaidé pour une agriculture familiale durable, capable de nourrir le pays tout en préservant ses ressources.
Une attente qui a un coût
Un an après cette étape majeure, l’espoir suscité auprès des agriculteurs, des éleveurs, des pêcheurs, des exploitants forestiers et de l’ensemble des communautés rurales reste intact. Le projet de loi, adopté en Conseil des ministres le 5 juin 2026, attend désormais de franchir l’étape parlementaire.
Or chaque mois d’attente a un prix. La LOASPH constitue la déclinaison agro-sylvo-pastorale et halieutique de la Stratégie nationale de développement (SND), adossée à l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». C’est à elle qu’il revient de fixer le cap de la politique agricole pour les années à venir : orienter les investissements publics, mettre en cohérence les programmes de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et des forêts, sécuriser l’accès des exploitations familiales à la terre et à l’eau. Sans elle, l’action publique continue de reposer sur un cadre adopté il y a plus de vingt ans, conçu pour un contexte qui n’est plus le nôtre : changement climatique, sécheresses et inondations plus fréquentes, pression croissante sur les terres, jeunesse rurale en quête d’avenir.
Une loi à la hauteur des défis de notre temps
La LOASPH n’est pas un texte de plus. Elle dote le pays d’un cadre juridique adapté aux défis actuels : souveraineté alimentaire, résilience climatique, modernisation des filières, protection sociale des acteurs ruraux, reconnaissance de leurs métiers, emploi des jeunes, autonomisation des femmes et intégration effective du secteur halieutique. Elle offre aussi l’occasion de faire de la durabilité un principe de la politique agricole : préserver les sols, l’eau et la biodiversité, valoriser les savoirs paysans et les pratiques agroécologiques, et renforcer les exploitations familiales, socle de notre agriculture.
Voter, faire connaître, appliquer
À l’occasion de ce premier anniversaire, Enda Pronat appelle avec respect mais insistance les autorités compétentes à inscrire sans délai le projet de loi à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Elle invite les députés, en particulier les membres de la commission compétente, à se saisir du texte et à entendre, au cours de leurs travaux, les organisations de producteurs, d’éleveurs et de pêcheurs ainsi que la société civile.
Le vote ne sera toutefois qu’une étape. Pour que la loi change réellement la vie des communautés rurales, trois exigences devront suivre :
- promulguer rapidement la loi et adopter des textes d’application opérationnels, qui précisent la place des exploitations familiales, la sécurisation de leur accès à la terre et les conditions d’une production durable ;
- socialiser la loi, en la traduisant dans les langues nationales et en la faisant connaître des producteurs, des élus locaux et des services techniques, afin que chacun puisse s’approprier les droits et les obligations qu’elle établit ;
- l’appliquer pleinement, en la dotant de moyens budgétaires et de mécanismes de suivi associant véritablement les organisations professionnelles, la société civile et les collectivités territoriales.
Enda Pronat se tient prête à contribuer activement à cet effort de socialisation, à travers les dynamiques territoriales, les radios communautaires et les espaces de concertation locaux.
Le dernier pas revient aux députés
Le monde rural a participé aux consultations. Les acteurs ont formulé leurs préoccupations et leurs propositions. Le Conseil supérieur a donné l’impulsion politique et le Conseil des ministres a adopté le projet. Il appartient désormais à la représentation nationale de franchir le dernier pas.
Il est désormais temps de transformer cette espérance collective en une loi connue de tous et effectivement appliquée.
Voter la LOASPH, c’est donner aux acteurs du monde rural les moyens de participer pleinement à la construction d’un Sénégal souverain, prospère et plus résilient.